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Une petite équipée d’aventuriers prêts à en découdre avec le plus grand lieu de picole non assumé de l’Europe toute entière, le Salon du Vigneron Indépendant...

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Le Salon de l'Agriculture 2012 est un autel dressé au culte de la luxure gastronomique décadente

 

C'était un 28 février, sordide lecteur, que nous-autres Chasseurs décidâmes de nous lancer pour la première fois de nos vies à l'assaut du Salon de l'Agriculture. 

 

Nous prîmes cette décision non sans mal, plusieurs d'entre nous pensant (en partie à raison) que cet antre abritait plus de cochonnaille vivante que cuite, et nous craignions que nos vibrations tournent rapidement à l'aigre au milieu des vaches et des brebis hurlant à qui veut bien les entendre qu'on les tire de cette embuscade pour gros parisiens en mal de campagne. La réalité était toute autre.

 

Il est midi, le temps est gris et n'annonce rien de bien avenant lorsque nous arrivons Porte de Versailles. L'endroit nous est familier puisque le Salon du Vin des Vignerons Indépendants, notre Eden, se tient ici une fois par an ; nous franchissons les tourniquets sans nous tenir sur nos gardes. Bien mal nous en pris...

Car c'est ce même 28 février que le candidat Hollande, bien placé dans la course à l'Elysée, choisit de consacrer sa journée à jauger sa popularité auprès de son électorat paysan. 

La lutte pour atteindre les pavillons 7.1 et 7.2, estampillés "produits du terroir" et semblant nous être entièrement destinés, fut épique. Agrippé à ma besace, je franchis non sans mal le cordon de gardes du corps qui protégeait la star médiatique des assauts répétés des visiteurs en transe. Ca hurlait, ca pleurait, ca vociférait ! Une nuée de grenouilles dans une marre dynamitée ! Michael Jackson redescendant sur Terre pour un dernier concert ne créerait pas plus d'attroupement. Je me retourne un instant pour chercher du regard mes compagnons Chasseurs, mais un autochtone me bouscule en hurlant "Guide-nous vers la lumière !"."Comment veux-tu, lui réponds-je ? Il n'y voit pas à 3 mètres devant lui !"  Je finis par quitter l'indigène hystérique non sans serrer dans mes bras ma sacoche afin de me protéger des violents assauts de deux ménagères en état de haine totale envers un couple d'anglais qui les avait empêché de prendre le haut du crâne du candidat Hollande en photo, et retrouve les autres Chasseurs à l'entrée du pavillon 7.1. 

 

P1040941"Régions de France, bar à vin, conduisez un tracteur !" Le programme semble alléchant, et tout à fait à notre portée. En esquivant une locomotive lancée à une vitesse démente sur la chaussée, nous pénétrons donc dans le premier pavillon. L'effet est immédiat ! Saturation totale de notre odorat ! Ca sent toute la bouffe française, en démultiplié. Le premier stand, région bretonne, annonce la couleur : "Le Moulin de la Fatigue". "Pourquoi pas" me dis-je. Quelques secondes plus tard, nous dégustons des galettes de blé noir fourrées à la saucisse, puis une saucissonnette, puis un sandwich jambon de pays truffade à 9 €, pas de remise pour bonne conduite. Le paysage s'éclaircit...

 

En matière de vin, sordide lecteur, il est important que tu fasses la différences entre le Salon des Vignerons Indépendants et le Salon de l'Agriculture. Ici, vu le prix d'un emplacement, pas de dégustation pour le plaisir ; le vigneron n'est pas branché échange, il est sur un trip de survie commerciale. Il faut vendre, et du concret !  Déguster ? Pourquoi pas, achète-moi trois caisses pour commencer et tu peux espérer un verre. A la quatrième caisse, les bouchons sautent et les verres se remplissent, difficilement à moins. Autant te dire que nos habitudes de dégustations en ont pris un sacré coup. Il faut le savoir, c'est tout, ici tout se monnaye.

 

P1040945Le ventre plein et la bourse passablement allégée, nous continuons notre chemin. Le Salon de l'Agriculture, si on a la démarche qu'il faut et qui permet d'éviter, pour faire simple, les animaux vivants, s'avère être un véritable temple du plaisir gastronomique et prends une coloration étonnamment révélatrice en cette double période, de crise et d'élection. Ici, les promesses se payent content. Autrement dit à l'opposée des politiciens, bailleurs, banquiers et journalistes qui peuplent le quotidien des français depuis plusieurs mois dans des proportions hors normes. Le sandwich mortadelle/bayonne est à 4 €, le supplément saucisson t'en coûtera 1 € de plus. Pas de surprises. Pas de caractères en police 2.5 à la fin du sandwich pour t'apprendre qu'il y a un surcoût si tu veux de la mie dans ton pain. Et vu la fréquentation, il semble que le français apprécie cette simplicité remise au goût du jour.

 


Sans ca, peu de visiteurs seraient prêt à soutenir un tel trip. Les autochtones et les situations que l'on peut croiser ici sont en effet uniques, et c'est heureux ! J'imagine mal me promener dans Paris un soir de rêverie et tomber nez à nez avec un géant en queue de pie de trois mètres de haut armé d'une fourchette téléscopique et prêt à tout pour déguster mon sandwich. Ici pourtant, c'est une base. De même que des bandas en folie, des poissons mutants d'une rage mélée de férocité, ou encore le célèbre publiciste Michel Réclame testant in situ un nouveau concept d'homme-sandwich-affichage-frontal. Je me souviens avoir pensé en le croisant "Bon sang, ce bonhomme sera très certainement le Roi incontesté de la pub en 2036 ! Il a 20 ans d'avance !".

 

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Au détour d'un stand, nous tombons sur un attroupement. Après nous être frayé un chemin à travers la populasse en criant "Service de presse !", nous assistons alors à un tour de force remarquable. Un homme au physique improbable répondant semble-t-il au nom de Jean Pierre Parpaings arrangue la foule alors qu'un maneuvre à ses ordres s'apprête à battre le record du plus grand aligot du Massif Central. Le spectacle est tout simplement déroutant, et sentant alors les choses s'accélérer, nous décidons de prendre un peu de recul en nous écartant de la foule. 

 

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Il n'y a pas de mots pour décrire l'horreur que nous ressentîmes alors.  Il étaient là, en face de nous, à un jet d'eau bénite : la brigade légère de la police ecclésiastique du vice gourmand ! "Dieu du ciel et des enfers !!" s'écria un des Chasseurs en nous attirant à l'écart. 

Tapis dans l'ombre d'un stand mal éclairé, nous vîmes la brigade s'éloigner. Ces gens bien connus des Chasseurs traquent sans relache les épicuriens de tout poil sur les salons de ce genre en récitant des psaumes terrifiants sur des airs du même métal. Tomber entre leurs mains signifie la mort dans des souffrances mal définies, quand on a de la chance ; certains parmi les Chasseurs les plus anciens parlent en effet de la présence rendue obligatoire par le Saint Siège et ce sur chaque salon ayant un quelconque rapport avec la gastronomie d'un ascenceur qui leur est réservé et qui leur sert à descendre leurs proies au sous-sol. Nul ne sait ce qui peut s'y dérouler, mais je tiens de sources sûres que même les Chasseurs les plus expérimentés tournent les talons quand ils voient la brigade légère de la police ecclésiastique du vice gourmand.

 

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Une fois ces marchands de mort évités, nous décidâmes de passer au pavillon 7.2 et de rallier sans attendre le quartier "Outre-mer". C'est a peu près ici que les choses ont commencé à mal tourner...

 

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On dira ce qu'on voudra des différents régions de France, elles ont toutes leur charme, leurs plats réputés, leurs traditions. Mais l'Outre-mer, que voulez-vous... Ils ont du RHUM !

 

Impossible de passer à côté. Ambré, arrangé, en cocktail, mélée à de la bière, tout ce rhum se mélange aux vives couleurs des costumes traditionnels sur des rythmes du diable. C'est le piège parfait, embuscade totale pour certains d'entre nous qui, à mon humble avis, doivent encore errer à l'heure où j'écris ces lignes du côté d'un de ces bars à punch qui composent ce pavillon 7.2. à la recherche d'un ultime verre de rhum vieux accompagné de quelques accras ou d'un rougaille de saucisse correctement épicé. 

 

A n'en pas douter, et même s'il faut prévoir une bourse solide pour pouvoir correctement appréhender cette aventure, le Salon de l'Agriculture représente un passage obligé pour tout Chasseur avide de sensations fortes. La visite des pavillons de bestiaux semble superflue, mais celle des pavillons regroupant les produits "du terroir" sont devenus à mes yeux un incontournable. Un autel dressé au culte de la luxure gastronomique la plus décadente. 

 

 

Les autres photos. 

 

 

 

 

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