Une petite équipée d’aventuriers prêts à en découdre avec le plus grand lieu de picole non assumé de l’Europe toute entière, le Salon du Vigneron Indépendant...
Salut à toi sordide lecteur.
Il y a donc des endroits à connaître dans Paris quand on tente d'être un Chasseur de renom. Comme je l'ai déjà dit de nombreuses fois ici-même, la rhumerie de Christian de Montaguère en est un.
Une petite équipée a investie les lieux hier soir à l'occasion d'une exposition d'anciennes étiquettes de rhum issues de la collection de Dominique Jullien (bien évidement présent), et comme nous le prévoyions, cet événement, pourtant passionnant en lui-même, se transforma vite en une soirée dégustation des meilleurs produits de la cave, le tout servie par une organisation (et un service) de toute beauté.
Il faut bien imaginer la scène pour ce rendre compte correctement des événements et de leur déroulement au cours de la soirée. La boutique, assez ramassée, s'étend cependant sur deux étages. Tandis que le premier, habilement décoré, à la mode des caraïbes d'une époque "bénie" selon certains, en un ravissant salon de détente (abritant pour l'occasion l'exposition), le rez de chaussée représente le Très Saint Graal puisqu'il regorge de tous les rhums possibles et imaginables : agricoles ou traditionnels, porto-ricains, anglo-saxons, français, et j'en passe. L'oeil averti dénichera même, au fond de la boutique, d'étranges bouteilles contenant des rhums vieillis une première fois en fûts traditionnels puis dans un second temps SURVIEILLIES dans des barriques ayant contenues au choix des Pauillac, des Pessac Leognan ou autres vins français de la meilleure extraction. Je me pris alors à rêver secrètement d'un repas entier accompagné d'une de ces improbables liqueurs. "A garder dans un coin dans ma tête" me dis-je en m'extirpant de ma rêverie...
Une fois passées les mondanités d'usages et avalé le petit verre de l'amitié (au choix 'ti punch citron vert ou pina colada maison), je décidai d'attaquer les hostilités en me concentrant ce soir là sur les rhums anglo-saxons que je connaissais peu, tandis qu'un autochtone attiré par la chaleur ambiante et qui n'était visiblement pas branché café-croissant mais plein de bonne volonté décida quant à lui de se focaliser sur les rhums traditionnels de chez Clément.
C'est alors que la magie opéra. J'eus à peine le temps de cligner des yeux que Christian, le taulier de ce temple de la luxure gustative, avait dégainé six de ses meilleurs flacons et remplissait les verres. Mes yeux pétillèrent, et je suis presque sur d'avoir entendu l'autochtone étouffer un hurlement de contentement.
Tout s'accéléra alors que les choses se passaient déjà à une vitesse étonnante : les petits fours à la crème de gingembre et à la purée de crevettes défilèrent à un rythme que le commun des mortels aurait difficilement supporté sans un entraînement idoine. Et, sans que cela me déplaise outre mesure, les rhums aussi !
Je m'arrêtai finalement sur un Cockspur 12 ans de la Barbade faisant preuve d'une belle longueur en bouche et d'un retour surprenant, ajoutai quelques purées exotiques diverses à ma prise de guerre, payai et quittai en courant cette bacchanale qui aurait fini par avoir ma peau, laissant derrière moi les Chasseurs m'accompagnant qui avaient déjà succombé à l'appel éthylique des ces sirènes démoniaques faites d'un savant dosage aujourd'hui oublié de rhum et de gingembre.
Le reste de la soirée, sordide lecteur, ne peut décemment pas être raconté ici...
Rhumerie Christian de Montaguère
20 rue de l'Abbé Grégoire 75006 Paris